A propos de l'oeuvre :
Le violon d'Ingres, 1924
Dès son arrivée à Paris en 1921, Man Ray fait connaissance avec les chantres du Surréalisme et rencontre Kiki de Montparnasse. Cette artiste de cabaret, peintre, actrice de cinéma est aussi le modèle, la muse et l’amante d’artistes célèbres. Elle devient la compagne de Man Ray et son modèle préféré pendant plus de cinq ans. Pourtant, dans un premier temps, Kiki est réticente à poser pour Man Ray. En effet, s’il n’y a rien d’impudique à poser pour un peintre ou un sculpteur, la photographie est alors un support réservé à la pornographie.
Kiki de Montparnasse pose nue, assise, de dos. Elle est coiffée d’un turban. Cette photographie peut être interprétée comme un hommage au tableau d’Ingres intitulé « Le Bain turc » (1862). La figure sensuelle de Kiki n’est pas sans rappeler l’odalisque musicienne, vue de dos, au premier plan du tableau d’Ingres. Pour une ultime mise en abîme du chef d’œuvre de 1862, Man ray retouche sa photographie. C’est à la mine de plomb et à l’encre de Chine qu’il dessine les ouïes d’un violon sur les reins de son modèle. Ce rapprochement entre le corps de la femme et un instrument de musique illustre le thème de l’insolite, cher aux Surréalistes.
YellowKorner et l'ADAGP sont heureux de pouvoir éditer une œuvre de Man Ray. Au vue de son caractère historique, cette photographie n’est pas numérotée et elle est proposée en libre tirage.
Reproduction photographique / Man Ray - Le violon d'Ingres, 1924.
© Man Ray Trust / ADAGP, BI, Paris 2010
A propos de l'artiste :
Man
Ray
Emmanuel Rudzitsky, futur Man Ray, est né en 1890 à Philadelphie (U.S.A). Dès ses études secondaires, il étudie le dessin libre et le dessin industriel. En 1912, c’est en tant que dessinateur publicitaire que Man ray fait ses débuts dans la vie active. Alors qu’il prépare sa première exposition de peinture en 1915, Man Ray n’est pas satisfait des reproductions professionnelles qu’on lui présente. Il se lance donc dans la photographie pour répondre à ses propres critères d’exigence et devient bientôt un photographe virtuose.
«J’ai commencé par être peintre. En photographiant mes toiles, j’ai découvert l’intérêt de leur reproduction en noir et blanc. Un jour, j’en suis venu à détruire l’original pour ne garder que la reproduction. A partir de là, je n’ai jamais cessé de croire que la peinture est une forme d’expression dépassée, et que la photographie la détrônera quand le public sera visuellement éduqué… Pour moi, une chose est sûre- j’ai besoin d’expérimenter sous une forme ou une autre. La photographie m’en donne le moyen, un moyen plus simple et plus rapide que la peinture.»
Pour le peintre aux tendances modernistes qu’était Man Ray, la photographie devient le mode d’expression de l’Art moderne par excellence. La technique se substitue à l’artiste pour les notions de représentation et ce dernier, libre de ces contingences, peut explorer de nouveaux modes d’expressions. Il se rapproche de la branche américaine du mouvement Dada mais conclura dès 1920 que Dada ne peut vivre à New York.
C’est en 1921, qu’il débarque à Paris et dès le soir de son arrivée, Marcel Duchamp introduit le photographe auprès des artistes surréalistes Aragon, Breton, Eluard… En 1925, Man Ray participe avec Arp, Ernst, Masson, Miro et Picasso à la première exposition surréaliste. Pendant 30 ans, alors qu’il est basé à Montparnasse, l’artiste révolutionne l’art photographique. Il décède à Paris en 1976. Inhumé au cimetière de Montparnasse, l’épitaphe Unconcerned, but not indifferent (Détaché mais pas indifférent) est inscrite sur sa tombe.