A propos de l'oeuvre :
Le baiser
«Jane Birkin, il l’avait à peine entrevue dans Blow Up en 66, se disant qu’elle était bien jolie, mais que le rôle ne l’avantageait pas. Trois ans plus tard, Gainsbourg lui demanda s’il voulait faire la pochette du prochain disque de Jane. « Jane qui ? »
J’avais toujours rêvé, d’utiliser comme fond, les bronzes du Pont Alexandre III et voilà comment nous nous sommes retrouvés par 5 degrés au dessous de zéro et un vent polaire à faire une prise de vues quasiment surgelée . Jane a été héroïque. Elle nous a invités à prendre le thé à l’Hôtel de la rue des Beaux Arts. Serge a alors posé sur son Teppaz un souple de son prochain disque en duo avec Jane. Il a seulement dit : «Je vais être interdit sur toutes les radios, mais je vais faire un malheur dans les clubs…» On était très libres depuis Mai 68, pourtant j’en restais interloqué raconte d’Hugues. La chanson, c’était « Je t’aime…moi non plus » Quelques mois plus tard, il en avait vendu plusieurs millions.
Quant à la série à grain de Jane et Serge, je l’ai faite pour le plaisir. Je les ai installés dans la baignoire (vide !) de la salle de bains, juste éclairés par les appliques faiblardes de la pièce. Je n’étais pas sûr qu’il y aurait une seule image sur le film.» Jean d’Hugues
A propos de l'artiste :
Jean
d'Hugues
Naître à la Réunion, y passer les 7 premières années de sa vie, puis encore 4 ans à Madagascar, et toute votre vie restera imprégnée d’une sorte de nostalgie des tropiques, des pays épicés qui marquent à tout jamais. C’est ce qui est arrivé à Jean d’Hugues à qui son retour en Métropole parut terriblement fade. Aussi, dès qu’il put trouver l’occasion de repartir il le fit, mais avec un appareil photo à l’épaule. Toute son enfance, il avait aimé la photo et jouait avec le vieux Kodak à soufflet de ses parents. Mais le choc décisif fut la découverte des Autochromes Lumière, la première émulsion couleur commercialisée avec son grain et ses vibrations très impressionnistes. Il avait voulu être peintre, il a été journaliste (rédacteur) pendant quelques années et brusquement, il décida de tout laisser tomber pour se consacrer à la photo. Toujours avec ce goût de l’image «à grain» qui a développé chez lui presque une théorie de l’imperfection de l’image. «Une image ne doit pas tout dire, elle doit laisser un peu de place au rêve» répète t-il volontiers. Les photos de Jane Birkin en sont un bon exemple. Il a toujours évité le Kodachrome et sa perfection glacée. Jean d’Hugues a finalement eu deux carrières, (il déteste ce mot) parallèles: photos de voyages sans aucune prétention ethnologique, et photos d’artistes, grâce à l’écrivain Louis Nucéra, alors attaché de presse des disques Philips qui l’envoya la première fois photographier un jeune qui commençait à faire parler de lui, un certain Serge Gainsbourg.